Peintre au talent précoce, Emile Friant fut reconnu dès l883 comme l’un des maîtres du Naturalisme. En 1889, le succès triomphal qui accueillit son ambitieux tableau La Toussaint lui valut une notoriété nationale, internationale même. Les premières années du XXe siècle allaient voir la mode du Naturalisme progressivement éclipsée par celle des avant-gardes. Les peintres « conventionnels », englobant sans distinction les académiques, orientalistes, naturalistes, peintres de genre et même certains symbolistes, considérés comme rétrogrades, sombrèrent progressivement dans un oubli injustifié.
C’est au début des années 1970 que les importants travaux d’historiens d’art et de chercheurs commencèrent à mettre en avant ces artistes, leur rôle et leur influence sur l’art de leur temps. Les publications du professeur Gabriel Weisberg furent déterminantes pour la reconnaissance des artistes naturalistes, par exemple The Realist Tradition, French Painting and Drawing (1830-1900) en 1980 et, en 1992, Beyond Impressionism, The Naturalist Impulse in European Art qui dédie plusieurs pages à Émile Friant.
Les trois importantes expositions qui lui furent consacrées et leur succès auprès du public marquent également son retour parmi les peintres dignes d’intérêt : Émile Friant, regard sur l’homme et l’œuvre en 1988 au musée des Beaux-Arts de Nancy, Émile Friant, un nouveau regard en 2006 au musée Georges de la Tour de Vic-sur-Seille, et Émile Friant le dernier naturaliste ? en 2016-2017 au musée des Beaux-Arts de Nancy.
Enfin, l’acquisition par le musée d’Orsay en 2007 d’Ombres portées, suivie de celle du Portrait de Charles-Frederick Worth en 2022, et les prix importants obtenus par les œuvres d’Emile Friant passées en vente publique depuis plusieurs années, confirment qu’il est en train de retrouver la place qu’il mérite dans le contexte foisonnant et complexe de la création artistique de la fin du XIX et du début du XX siècles.